• C'était au temps où Bruxelles rêvait

    C'était au temps du cinéma muet

    C'était au temps où Bruxelles chantait

    C'était au temps où Bruxelles bruxelait

     

    Place de Broukère on voyait des vitrines

    Avec des hommes des femmes en crinoline

    Place de Broukère on voyait l'omnibus

    Avec des femmes des messieurs en gibus

    Et sur l'impériale

    Le coeur dans les étoiles

    Y avait mon grand-père

    Y avait ma grand-mère

    Il était militaire

    Elle était fonctionnaire

    Il pensait pas elle pensait rien

    Et on voudrait qu'je sois malin

     

    C'était au temps où Bruxelles chantait

    C'était au temps du cinéma muet

    C'était au temps où Bruxelles rêvait

    C'était au temps où Bruxelles bruxelait

     

    Sur les pavés de la place Sainte-Catherine

    Dansaient les hommes les femmes en crinoline

    Sur les pavés dansaient les omnibus

    Avec des femmes des messieurs en gibus

    Et sur l'impériale

    Le coeur dans les étoiles

    Y avait mon grand-père

    Y avait ma grand-mère

    Il avait su y faire

    Elle l'avait laissé faire

    Ils l'avaient donc fait tous les deux

    Et on voudrait qu'je sois sérieux

     

    C'était au temps où Bruxelles rêvait

    C'était au temps du cinéma muet

    C'était au temps où Bruxelles dansait

    C'était au temps où Bruxelles bruxelait

     

    Sous les lampions de la place Sainte-Justine

    Chantaient les hommes les femmes en crinoline

    Sous les lampions dansaient les omnibus

    Avec des femmes des messieurs en gibus

    Et sur l'impériale

    Le coeur dans les étoiles

    Y avait mon grand-père

    Y avait ma grand-mère

    Il attendait la guerre

    Elle attendait mon père

    Ils étaient gais comme le canal

    Et on voudrait qu'j'aie le moral

     

    C'était au temps où Bruxelles rêvait

    C'était au temps du cinéma muet

    C'était au temps où Bruxelles chantait

    C'était au temps où Bruxelles bruxelait

     

    Paroles: Jacques Brel. Musique: Jacques Brel & Gérard Jouannest   1962 © 1972 - MCA / Caravelle music France

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  • Les timides

    Ça s'tortille

    Ça s'entortille

    Ça sautille

    Ça s'met en vrille

    Ça s'recroqueville

    Ça rêve d'être un lapin

    Peu importe

    D'où ils sortent

    Mais feuilles mortes

    Quand le vent les porte

    Devant nos portes

    On dirait qu'ils portent

    Une valise dans chaque main

     

    Les timides

    Suivent l'ombre

    L'ombre sombre

    De leur ombre

    Seule la pénombre

    Sait le nombre

    De leurs pudeurs de Levantin

    Ils se plissent

    Ils pâlissent

    Ils jaunissent

    Ils rosissent

    Ils rougissent

    S'écrevissent

    Une valise dans chaque main

     

    Mais les timides

    Un soir d'audace

    Devant leur glace

    Rêvant d'espace

    Mettent leur cuirasse

    Et alors place !

    Allons, Paris

    Tiens-toi bien !

    Et vive la gare

    Saint-Lazare

    Mais on s'égare

    On s'effare

    On s' désempare

    Et on repart

    Une valise dans chaque main

     

    Les timides

    Quand ils chavirent

    Pour une Elvire

    Ont des soupirs

    Ont des désirs

    Qu'ils désirent dire

    Mais ils n'osent pas bien

    Et leur maîtresse

    Plus prêtresse

    En ivresse

    Qu'en tendresse

    Un soir les laisse

    Du bout des fesses

    Une valise dans chaque main

     

    Les timides

    Alors vieillissent

    Alors finissent

    Se rapetissent

    Et quand ils glissent

    Dans les abysses

    Je veux dire

    Quand ils meurent

    N'osent rien dire

    Rien maudire

    N'osent frémir

    N'osent sourire

    Juste un soupir

    Et ils meurent

    Une valise sur le coeur

     

    Paroles et Musique: Jacques Brel   1964 © Barclay autres interprètes: Juliette (1998)

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  • Ce soir j'attends Madeleine
    J'ai apporté du lilas
    J'en apporte toutes les semaines
    Madeleine elle aime bien ça
    Ce soir j'attends Madeleine
    On prendra le tram trente-trois
    Pour manger des frites chez Eugène
    Madeleine elle aime tant ça
    Madeleine c'est mon Noël
    C'est mon Amérique à moi
    Même qu'elle est trop bien pour moi
    Comme dit son cousin Joël
    Ce soir j'attends Madeleine
    On ira au cinéma
    Je lui dirai des "je t'aime"
    Madeleine elle aime tant ça

    Elle est tellement jolie
    Elle est tellement tout ça
    Elle est toute ma vie
    Madeleine que j'attends là

    Ce soir j'attends Madeleine
    Mais il pleut sur mes lilas
    Il pleut comme toutes les semaines
    Et Madeleine n'arrive pas
    Ce soir j'attends Madeleine
    C'est trop tard pour le tram trente-trois
    Trop tard pour les frites d'Eugène
    Et Madeleine n'arrive pas
    Madeleine c'est mon horizon
    C'est mon Amérique à moi
    Même qu'elle est trop bien pour moi
    Comme dit son cousin Gaston
    Mais ce soir j'attends Madeleine
    Il me reste le cinéma
    Je lui dirai des "je t'aime"
    Madeleine elle aime tant ça

    Elle est tellement jolie
    Elle est tellement tout ça
    Elle est toute ma vie
    Madeleine qui n'arrive pas

    Ce soir j'attendais Madeleine
    Mais j'ai jeté mes lilas
    Je les ai jetés comme toutes les semaines
    Madeleine ne viendra pas
    Ce soir j'attendais Madeleine
    C'est fichu pour le cinéma
    Je reste avec mes "je t'aime"
    Madeleine ne viendra pas
    Madeleine c'est mon espoir
    C'est mon Amérique à moi
    Sûr qu'elle est trop bien pour moi
    Comme dit son cousin Gaspard
    Ce soir j'attendais Madeleine
    Tiens le dernier tram s'en va
    On doit fermer chez Eugène
    Madeleine ne viendra pas

    Elle est tellement jolie
    Elle est tellement tout ça
    Elle est toute ma vie
    Madeleine qui ne viendra pas

    Demain j'attendrai Madeleine
    Je rapporterai du lilas
    J'en rapporterai toute la semaine
    Madeleine elle aimera ça
    Demain j'attendrai Madeleine
    On prendra le tram trente-trois
    Pour manger des frites chez Eugène
    Madeleine elle aimera ça
    Madeleine c'est mon espoir
    C'est mon Amérique à moi
    Tant pis si elle est trop bien pour moi
    Comme dit son cousin Gaspard
    Demain j'attendrai Madeleine
    On ira au cinéma
    Je lui dirai des "je t'aime"
    Madeleine elle aimera ça

     

     
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  • Bien sûr, il y a les guerres d'Irlande

    Et les peuplades sans musique

    Bien sûr, tout ce manque de tendre

    Et il n'y a plus d'Amérique

    Bien sûr, l'argent n'a pas d'odeur

    Mais pas d'odeur vous monte au nez

    Bien sûr, on marche sur les fleurs

    Mais, mais voir un ami pleurer !

     

    Bien sûr, il y a nos défaites

    Et puis la mort qui est tout au bout

    Nos corps inclinent déjà la tête

    Étonnés d'être encore debout

    Bien sûr, les femmes infidèles

    Et les oiseaux assassinés

    Bien sûr, nos coeurs perdent leurs ailes

    Mais, mais voir un ami pleurer !

     

    Bien sûr, ces villes épuisées

    Par ces enfants de cinquante ans

    Notre impuissance à les aider

    Et nos amours qui ont mal aux dents

    Bien sûr, le temps qui va trop vite

    Ces métro remplis de noyés

    La vérité qui nous évite

    Mais, mais voir un ami pleurer !

     

    Bien sûr, nos miroirs sont intègres

    Ni le courage d'être juif

    Ni l'élégance d'être nègre

    On se croit mèche, on n'est que suif

    Et tous ces hommes qui sont nos frères

    Tellement qu'on n'est plus étonné

    Que, par amour, ils nous lacèrent

    Mais, mais voir un ami pleurer !

     

    Paroles et Musique: F. Rauber/J.Brel   1977

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